Lynne-Marie Postovit, Ph.D

Professeure agrégée; chaire de recherche sur le cancer, Alberta Innovates Health Solutions Translational; chaire de recherche sur le cancer de l’ovaire Sawin-Baldwin;
Le chercheur du mois: 
May 2015

Tout comme les systèmes d'alerte avancée aident à sauver des vies quand se manifeste une catastrophe naturelle comme un tsunami ou un tremblement de terre, le dépistage précoce est tout aussi indispensable pour augmenter de beaucoup nos chances de réussite dans la lutte contre le cancer, la principale cause de décès au Canada.

Alors que des examens annuels de routine, comme la mammographie, la colonoscopie et le PSA, aident à sauver des millions de vies en identifiant respectivement les cancers du sein, du côlon et de la prostate chez les individus à un stade présymptomatique, aucun test de cette nature n’existe pour détecter le cancer de l’ovaire à un stade précoce. Et des millions d’êtres humains à travers le monde en paient le prix : en ce moment, plus de 50 pour cent des femmes diagnostiquées avec le cancer de l’ovaire en mourront.

« Cet état de fait est intenable, » déclare la Dre Lynne Postovit, chercheuse de pointe dans le domaine du cancer et professeure agrégée au département d’oncologie, à l’Université de l’Alberta. « Il faut trouver de toute urgence un moyen d’améliorer le pronostic des patientes victimes de ce cancer. »

Dre Postovit, récipiendaire du prix Meilleur jeune chercheur du Canada, faisait la une des journaux, en 2012, quand elle et son équipe, à l’Université Western, ont découvert que les cellules tumorales agressives sécrétaientune protéine de cellule souche, appelée Nodal, associée à l’augmentation des vaisseaux sanguins dans les tumeurs envahissantes. Ils ont démontré qu’en ciblant ces protéines à l’état embryonnaire, les vaisseaux sanguins des tumeurs cancéreuses s’affaissaient, entraînant une réduction de la teneur en oxygène et la mort de la cellule tumorale.

Il va sans dire que les résultats de ce travail révolutionnaire se sont vite faits connaître, et peu après, Dre Postovit acceptait une nomination à la tête de multiples chaires de recherche, à l’Université de l’Alberta. S’entourant de joueurs clés oeuvrant dans les domaines de la biochimie, de la pathologie et de la chirurgie, Dre Postovit était déterminée à ce que sa solide équipe puisse, non seulement améliorer le pronostic du cancer du sein, mais aussi les statistiques de survie relatives au cancer de l’ovaire, un défi de taille.

« Comprendre, et identifier le cancer de l’ovaire à un stade extrêmement précoce est indispensable pour combattre cette maladie, » dit la Dre Postovit, dont la réputation n’est plus à faire depuis que l’Alberta Innovates-Health Solutions Translational Health lui a octroyé une chaire de recherche sur le cancer, en 2014. « Quand un cancer est détecté à un stade avancé, la situation est toujours la même : le pronostic s’effondre radicalement, explique-t-elle. Notre défi consiste donc à trouver le moyen de dépister la maladie au tout premier stade, à la localiser, et l’éradiquer devient plus facile. »

La poursuite de cette démarche va de pair avec la découverte du mécanisme de la formation cellulaire des métastases, ou en d’autres mots, savoir comment les cellules cancéreuses se propagent dans le corps humain, et échappent à nos thérapies comme la radiation et la chimiothérapie. Dre Postovit croit que le mystère se cache dans la plasticité cellulaire.

La plasticité réfère à la capacité de la cellule de s’adapter à son environnement, à l’instar de la cellule souche qui se comporte en caméléon.

« Dans le cas du cancer, nous avons une situation où les cellules cancéreuses cooptent le trait caractéristique de la cellule souche de sorte qu’elles se modifient selon l’environnement et peuvent vivre dans des lieux autres, les poumons par exemple, s’y reproduire et esquiver le traitement thérapeutique, explique la Dre Postovit. S’il était possible de cibler les phénotypes affiliés au comportement de la cellule souche dans les cellules cancéreuses nous pourrions empêcher ce processus d’adaptation, qui imite le caméléon et permet de résister à la thérapie. »

En considérant l’environnement de la cellule cancéreuse avec plus de minutie que la cellule en soi, la Dre Postovit et son équipe examinent le cancer de l’ovaire suivant une optique unique en son genre. Son approche a de multiples facettes et inclut l’évaluation des agents de promotion de la cellule souche comme des biomarqueurs du cancer tout en les ciblant afin de prévenir la progression de la maladie et sa récurrence.

« On peut dire que les cancers avancés sont comme des cibles qui bougent tout le temps, explique Dre Postovit. Nous croyons que si l’on réussit à s’introduire à l’intérieur et détruire le foyer, on va complètement supprimer la tumeur avant qu’elle ne se propage. »

Dre Postovit croit fermement dans le pouvoir de la collaboration pour faire avancer la recherche passible d’augmenter l’efficacité des soins de santé et des traitements thérapeutiques chez les femmes qui combattent d’autres cancers, comme le cancer du sein.

« Je souhaite que mon rôle au Cancer Institute of Northern Alberta permette de réunir de brillants cerveaux dans une variété de disciplines avec l’objectif commun d’améliorer nos résultats par rapport au cancer, dit-elle. L’avancement dans le domaine du cancer proviendra de groupes qui sortent des sentiers battus et demeurent liés à la réalité du patient. Les prochaines années seront passionnantes avec des équipes novatrices et restructurées pour le plus grand avancement de la science médicale.